Petit-déjeuner diplomatique

Nous pouvons dire ce que l’on veut, accepter la terre entière, vouloir la paix universelle, stopper les guerres, ouvrir nos bras au premier voisin qui passe, le petit déjeuner restera pour moi le seul compromis non négociable entre les nations de ce monde.

Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Comment ça, je suis trop radicale ? Pour votre gouverne, j’ai comme qui dirait de la bouteille sur le sujet. Moi qui ai toujours défendu le protocole alimentaire français, son honneur, son étiquette, les deux pays dans lesquels j’ai été amenée à vivre ne sont autre que l’Angleterre et l’Allemagne – oui, je sais.

Ce n’est pas faute d’aimer vivre à l’étranger, de m’ouvrir aux autres cultures, d’apprendre la langue de mon hôte, mais un estomac ne se trompe pas si facilement. Avec toute la bonne volonté du monde, déguster du porridge et des haricots en jus ou des viandes en tartare écrasé sur du beurre doux avec son latte macchiato avant 10 heures du matin vous le fera payer tôt ou tard par votre deuxième cerveau, beaucoup plus difficile à convaincre – même en s’auto-persuadant qu’on le fait à titre d’expérience sociale.

Alors que faire, l’épi encore dressé sur votre tête, quand un homme vous tend rempli d’espoir sa tartine de moutarde en grains et fromage tranché, sinon être pris d’un léger soulèvement et le cacher tant bien que mal, au risque de déclencher une guerre diplomatique ? De mon côté, je me contente avec un sourire mitigé et un hochement de tête indécis type « c’est pas si terrible » de me réfugier dans un grand verre de jus d’orange et un bout de pain au beurre salé. Simple, efficace, universel.

Quand on y pense, la France reste un des rares pays à manger principalement sucré ou sobrement salé pour le premier repas du jour. Est-ce que nous serions le problème ? Est-ce trop demandé de ne pas s’imposer des parfums d’une intensité rare pour les narines comme tout premier contact avec le monde ? Pour peu qu’on soit de mauvais poil en sortant du pays des songes, l’apogée est atteinte avant même d’avoir mis le pied dehors – de toute façon, il fait trop froid. Nous sommes surement trop exigeants, trop sensibles. C’est étrange pourtant, quand on sait que la sortie du frigo d’un Saint-Marcelin bien fait ou autre fromage de caractère ne fera que nous enchanter, et nous vexer comme des poux si d’aventure notre voisin du pays d’à côté lui se met à froncer le nez en reculant de dix pas. De toute façon, ils n’y connaissent rien.

Teto Maltesi

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