Fonder l’Art Promotionnel, avec John Hamon

Qui est John Hamon ? C’est la question que je me suis posée pendant plus de 10 ans. Sa figure affichée aux quatre coins de la capitale – et depuis au-delà – m’a toujours interrogée. Est-ce une nouvelle figure politique ? Un hommage rendu au jeune défenseur d’une cause inconnue ?

J’ai découvert que John Hamon était artiste. Autant vous dire que ça m’a fait plaisir. Ce regard qui semble rire sous cape, aux cheveux en bataille et aux lunettes atypiques se résumait en une phrase « C’est la promotion qui fait l’artiste où le degré zéro de l’art« .

Depuis ce jour, j’aime suivre son parcours, le croiser au coin d’une rue, il revêt parfois les habits de la Joconde et ça lui va comme un gant. John Hamon fait partie du paysage artistique urbain français, s’invite aux couleurs des plus grands musées de Paris, mais ne semble pas réellement exister, pourquoi ?

A l’occasion de sa nouvelle exposition pirate John Hamon au Centre Pompidou, nous avons discuté de son travail, engagé et rassembleur, à sa vocation de renouer le dialogue avec les institutions, et de donner plus de visibilité aux artistes de notre génération. Bonne lecture !

***

La Beautaniste : Bonjour John Hamon, tout d’abord, comment présenterais-tu ton travail à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

John HAMON : Je me présente, je suis John Hamon, artiste. L’essentiel de mon travail est basé sur mon nom et mon portrait. L’idée de mon art est de poser principalement la question de la promotion de l’artiste et ce qu’elle sous-entend, ce qu’elle ouvre comme possibilité. Il y a un aspect critique sur l’excès de publicité et de promotion, et en même temps c’est un travail artistique lié à la métaphysique. Ça me permet d’atteindre une idée plus profonde de ma démarche artistique en rapport avec l’étymologie du mot promotion.

La promotion en soi, c’est de faire avancer, de faire mouvoir, c’est là le deuxième penchant de ce travail, qui est moins critique. S’il fallait le décrire pour quelqu’un qui ne l’avait jamais vu, je dirais que ça passe essentiellement par des campagnes d’affichages, des projections, des performances ou bien des expositions promotionnelles qui ont une particularité, c’est qu’elles sont a priori pirates.

LB : Il y a cette phrase qu’on associe automatiquement à ton travail, c’est « C’est la promotion qui fait l’artiste où le degré zéro de l’art. » Moi, ça me parle. J’écris sur l’art et la culture mais je termine aussi des études de commerce et l’idée de promotion, d’affichage, d’avoir un slogan… ! Parce que c’est devenu comme un slogan finalement.

JH : Oui, c’était une volonté d’arriver à contenir sa réflexion et son projet artistique en une phrase qui sonnerait comme un slogan. Je ne suis pas derrière chaque affiche pour donner des explications, je trouve ça bien qu’elle puisse faire naître différentes interprétations, ça fait aussi partie de la démarche artistique. 

LB : Tu parles de différentes interprétations, je pense que ce n’est pas un évidence de comprendre ta démarche et à quel point elle peut avoir un sens quand tu bases l’ensemble de ton travail sur de l’affichage et un portrait. Je trouve ça intéressant parce que c’est une phrase qui incarne bien tes valeurs.

JH : Je ne me présente pas comme une marque car je ne suis pas sur l’idée du logotype, même si mon nom est présenté sur des affiches et qu’on sent qu’il y a cette inspiration.

LB : Tu as fondé l’Art Promotionnel, est-ce que tu peux m’en parler un peu plus ?

JH : C’est un mouvement qui réunit de fait tous les artistes, présents, passés et certainement du futur, parce que tous les artistes, à un moment, font leur promotion d’une manière ou d’une autre. Même si la plupart ne le font pas forcément consciemment.

J’ai créé ce mouvement sur cette idée de promotion et sur l’idée que tous les artistes pourraient en faire partie.

Ce mouvement s’accompagne d’un manifeste, sa campagne n’a pas encore été lancé. Il existe, il est prêt, il se résume en une phrase, ça devrait sortir l’année prochaine. Le confinement a décalé sa diffusion mais j’ai hâte de le promouvoir.

LB : D’après ce que j’ai compris, les campagnes que tu fais, les expositions que tu fais sont dans un cadre qu’on appelle “les expositions pirates”. Qu’est-ce que c’est une exposition pirate, quel est son message ?

JH : Sur le principe, il n’y a pas d’autorisation ou bien même de relation avec l’institution (musée, fondation…) qui autoriserait son existence.

De mon point de vue j’appelle ça des expositions promotionnelles, parce qu’elles participent à une forme de promotion. Quand un artiste fait une exposition dans tel ou tel grand musée, ça a forcément une dimension, ça joue un rôle promotionnel pour sa carrière, pour ses œuvres.

Par exemple pour le Louvre, le musée ne m’a jamais contacté pour faire une exposition, je la mets en place de moi-même, et c’est de cette façon qu’elle devient pirate. Je m’approprie la valeur symbolique qu’une institution comme le Louvre peut avoir. Je les détrousse de leur trésor qui est cette valeur symbolique.

LB : Le libre arbitre des institutions parait alors secondaire dans ta démarche. Tu ne leur laisses pas le choix d’avoir une exposition pirate le Louvre & John Hamon ?

JH : Pour le Louvre ainsi que le Palais de Tokyo, il n’y a pas eu de contact pour les prévenir.

Il faut comprendre que lors de la réalisation d’une « exposition pirate » il y’a plusieurs niveaux dans l’action et la notion de pouvoir y est centrale. L’idée c’est de reprendre le pouvoir en tant qu’artiste sur l’institution culturelle, et ce pouvoir ne peut se prendre que par une forme de piraterie.

A priori, c’est la seule forme qui peut aboutir pour que l’artiste reprenne réellement le pouvoir au niveau artistique vis à vis de l’institution. Sinon, il n’est que l’invité d’une façon de penser, d’un goût esthétique, d’affaires plus culturelles et politiques. Quand on veut s’extraire de ces aspects-là, il faut employer des méthodes transversales.

LB : Et si on parle un peu plus de l’exposition au Centre Pompidou ?

JH : Elle a commencé officiellement le 12 juin 2021, mais elle a des antécédents qui datent d’il y a plus de 3 ans. La particularité de l’exposition du Centre Pompidou c’est que le Centre a reçu un projet d’exposition John Hamon & Centre Pompidou.

Ils ont été tenus au courant de l’avancée du projet et la possibilité d’y adhérer leur fut proposée. Bien évidemment, l’exposition allait se faire, mais en fonction de leur réponse elle aurait eu une forme différente.

Je pense qu’ils ont fait le choix volontaire d’accuser réception du projet, mais de ne pas répondre officiellement s’ils l’acceptaient ou pas.

LB : Pourquoi tu penses qu’ils ne t’ont pas répondu ?

JH : Qu’ils aient reçu le projet c’est une évidence car des échanges ont eu lieu mais sans position de leur part.

Il y a cette règle qui impose aux institutions publiques de répondre quand elles sont sollicitées. Si elles ne donnent pas de réponse, le citoyen qui a fait cette demande peut partir du principe que la réponse est positive ou non. Etant de nature positive, je préfère voir le bon côté des choses et partir du principe que la réponse du Centre l’est. C’est pourquoi il y a bien une exposition John Hamon au Centre Pompidou.

Ayant les pleins pouvoirs, étant donné que je n’ai pas eu de discussion avec le Centre Pompidou sur les limites de la réalisation de l’exposition, je me suis octroyé une durée d’exposition record de 1 000 ans. Ceci me permettra d’approfondir le sujet.

LB : Tant que l’exposition existe, tu gardes les pleins pouvoirs sur ce que tu peux en faire.

JH : Complètement. C’est une exposition sur laquelle l’institution muséale ne peut exercer aucune emprise. Quel concerne la durée, les œuvres présentées, ils n’ont pas d’emprise sur le sujet, à part le choix de l’ignorance. Ce choix est une façon de faire qui est assez courante au sein des institutions, et je trouve cela intéressant que cette ignorance puisse se retourner contre eux.

On en revient à ta question de départ qui était “quel est le sens de cette exposition ?”, le sens est de reprendre le pouvoir sur les institutions et sur les fonctionnaires qui les dirigent. On est très orienté, très dirigé, mais sur la question de l’art, on remet en question cette forme de pouvoir pris par les fonctionnaires de la culture qui contraignent les artistes à entrer dans des cases, dans des idéologies qui sont parfois en dehors de leur propre volonté, ou alors de sélectionner des artistes sur des formes qui ne sont, pour moi, pas forcément celles de l’art. C’est pourquoi en tant qu’artiste j’ai à cœur de défendre notre domaine. Le domaine de l’art, c’est avant tout celui des artistes.

Les artistes sont de plus en plus secondaires dans la question culturelle et dans la question institutionnelle, sans même parler des fondations privées, orientées d’une manière ou d’une autre par des forces qui ne sont pas forcément celles de l’art.

LB : Est-ce que tu te considères comme un artiste activiste ? Est-ce que c’est important d’être activiste quand on est artiste ?

JH : Je me présente rarement de cette façon-là, je me présente simplement comme artiste mais je pense que ma démarche reflète une forme d’activisme, c’est sûr.

Dans mon cas, je le conçois un peu naturellement et je n’ai pas forcément de réflexion sur cet aspect-là. Je me pose rarement la question, parce que c’est un fait. Je pense que c’est important de défendre son domaine, surtout quand on a l’impression qu’il est menacé par des forces qui ne sont pas forcément en lien avec celui-ci, où qui ont d’autres intérêts.

On entre dans une forme d’activisme face à une situation de rejet ou d’injustice. C’est là, à partir du moment où il y a des politiques culturelles qui sont mises en place, et que ces politiques engagent l’art et les artistes sans qu’on soit consultés, que ça pose des problématiques.

Je m’y confronte en tant qu’artiste, je me retrouve dans une situation où je défends les intérêts de mon domaine, celui de l’art, des intérêts des artistes. C’est là où ce travail dépasse John Hamon en tant qu’artiste. Cette position de l’artiste John Hamon face à l’institution dépasse ma personnalité artistique.

LB : Comment est-ce que tu choisis ces musées avec lesquels tu veux faire des expositions promotionnelles ? Est-ce que tu te dis qu’elles ont un rayonnement à un moment donné, que c’est intéressant d’exploiter leur image ?

JH : J’habite à Paris depuis que je suis né, ce sont des musées que j’ai fréquentés et qui m’ont inspirés quand j’ai commencé à faire de l’art. Il y a cette notion liée à la démarche promotionnelle et une connexion avec le musée.

Pour les premières affiches que j’ai posé les choses me semblaient évidentes, c’était au Musée d’art moderne car quand j’étais jeune et que je commençais l’art, c’était un musée que je fréquentais.

Pour le Centre Pompidou, le point déclencheur fut lorsque ils ont décidé de retirer l’une de mes affiches à côté du rat de Banksy. Mon travail ne devait pas subsister à coté de Banksy mais pour quelle raison ? C’est aussi ce que je reproche aux institutions, c’est ce manque de clairvoyance, parce que malgré tout nous sommes les artistes de notre génération. Si on rejette les artistes de cette génération, qu’est-ce que cela va donner ?

LB : Mais le jour où le musée accepte et est ouvert à accueillir de ton travail, à faire quelque chose avec toi, la partie engagée de ton travail peut disparaître.

JH : Ah ! Mais c’est d’ailleurs la meilleure forme de réponse que les institutions doivent me renvoyer. C’est en acceptant que ça me poserait le plus de difficulté. Malgré tout, cette forme de rejet a permis de donner un corps à ce travail, mais à la base il était question qu’il se développe et qu’il s’épanouisse d’une manière différente.

Il y a une forme dans ce travail qui n’est pas qu’en lien avec cet engagement face à ce système institutionnel du rejet. Ça lui apporte un intérêt, mais ce travail peut se développer et continuer à évoluer sans. Ce qu’on perdra en activisme, on le gagnera en aspect promotionnel tout en gardant une forme de revendication.

L’engagement, c’est que l’aboutissement d’une relation avec l’institution puisse servir à ce que l’institution rende visible plus d’artistes. Faire en sorte que cette invitation puisse servir à créer des nouvelles dynamiques. C’est ce qui m’anime et qui fait que je rejette la forme institutionnelle actuelle.

***

J’espère que cet article vous a plu ! Encore merci à John Hamon pour cet échange si enrichissant. Si vous désirez en savoir plus son son travail, je vous invite à le découvrir sur son site internet ou bien sur instagram. De mon côté, vous savez ou me trouver : en commentaires de cet article et sur ma propre page instagram ! A très bientôt pour un prochain article.

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