La biographie (pas chiante) d’Eileen Gray, Maîtresse du design

Bonjour à toutes et à tous ! Avant de passer aux choses sérieuses, permettez moi de vous souhaiter une merveilleuse année 2021, remplie d’espoir, d’amour et de Beau. ENFIN j’ai le temps de me poser deux minutes pour vous écrire, et quel article mes amis, quel sujet allons-nous traiter aujourd’hui ! J’avais envie de commencer l’année en envoyant du lourd, alors quoi de mieux qu’une collaboration avec une femme absolument délicieuse pour vous parler d’une autre femme absolument divine (je ne fais toujours pas les choses à moitié, vous en conviendrez).

J’ai le plaisir de vous annoncer que cet article a été réalisé en collaboration avec Eleonor, aussi connue sur instagram sous le nom @les_contemplations. Eleonor m’a contacté il y a maintenant quelques mois pour me proposer d’illustrer un de mes articles et j’étais évidemment emballée par l’idée. Pour marquer le coup, étant donnée qu’on aime parler d’art et qu’elle est architecte, j’ai proposé de nous réunir sous le regard de la première grande femme designer : Eileen Gray.

Sans plus attendre, je vous laisse découvrir la vie d’Eileen, que nous chérissons personnellement beaucoup toutes les deux. Bonne découverte !

Un siècle de design au féminin, d'Eileen Gray à Andrée Putman (1/2)
Portrait d’Eileen Gray par Bérénice Abbott (1926)

Fille d’un père peintre et d’une mère aristocrate, Eileen Gray naît en Irlande en 1878. Après une enfance ponctuée de plusieurs voyages et de lassitude envers la bourgeoisie, elle part étudier la peinture et le dessin au début des années 1900 entre Londres et Paris. Eileen s’ennuie assez vite de ces arts, c’est alors qu’elle rencontre en 1905 un certain Dean Charles, artisan restaurateur, qui l’initiera à l’art de la laque. C’est le début d’une histoire d’amour entre la future designer et le matériau lisse et brillant.

Eileen veut approfondir ses connaissances dans la matière et rencontre en 1906 un artisan laqueur japonais, Seizo Sugawara. Trois ans plus tard, elle ouvre son premier studio de laque et continuera de se spécialiser tout au long de sa vie. En parallèle à sa formation initiale de peinture, elle articule les panneaux de laque qui formeront plus tard le Paravent « Briques », une de ses pièces les plus emblématiques.

Eileen Gray (1879-1976)
Paravent « Briques », 1923-1925 – © Christie’s

Après s’être engagée comme conductrice d’ambulance et avoir survolé la Manche en ballon pendant la guerre, il est temps pour Eileen de se remettre au travail en se concentrant encore davantage sur le mobilier. C’est la collectionneuse et modiste Juliette Levy (aka Suzanne Talbot aka Madame Mathieu Levy, rien que ça) qui, en lui demandant de refaire tout son appartement sans toucher aux murs, lui passera sa première commande. Cette mission décorative est un excellent moyen de s’exercer à l’espace – sachant qu’Eileen n’aura jamais touché du doigt l’ombre d’une formation en architecture. En 1920, Eileen fréquente les cercles de femmes artistes lesbiennes, aux côtés de Gertrude Stein ou encore de la chanteuse Damia avec qui elle entretiendra une liaison. En même temps, elle ouvre son atelier de production de laque qu’elle baptise Jean Désert, parce qu’après tout, à l’époque, c’est toujours plus facile de se faire une place avec un nom d’homme, autant s’en servir efficacement.

Et là, paf, je vous le donne en mille, c’est le grand Amour. Cet amour s’appelle Jean Badovici, il est architecte et rédacteur en chef de la revue L’Architecture vivante. Le seul homme de la vie d’Eileen Gray. Ensemble, ils vont bâtir un projet colossal, une maison que dis-je, un sanctuaire : la villa E-1027.

E-1027

Avant de rentrer dans les détails, je vais tout de suite adoucir le cœur des puristes. Comme ça se sera fait et on pourra passer à autre chose. Le nom E-1027 est facile à déchiffrer : E comme Eileen, 10 comme J la dixième lettre de l’alphabet pour Jean, 2 comme B pour Badovici et enfin 7 pour le G de Gray. Vous l’aurez compris, il vous faut désormais prononcer « Villa E-dix-deux-sept » pour être un vrai de vrai connaisseur et vous la péter en société. Fin de la parenthèse.

La villa E-1027 – © Eleonor Gras

Donc Eileen et Jean font construire la villa E-1027. Une maison absolument sublime, de bord de mer, située à Roquebrune-Cap-Martin sur la Côte d’Azur. Rien que de l’écrire ça sent déjà l’eau salée et le vent frais qui danse entre les arbres. Cette maison va devenir pour Eileen un lieu d’accomplissement, d’expérimentation. Il est codifié comme une véritable chasse au trésor. Ses baies vitrées donnent l’impression de vivre sur la mer, les frontières intérieur/extérieur s’effacent, la lumière s’y amuse, la nature envahit la maison, le mobilier lui-même épouse le Vivant, le tout forme une onde poétique, symbole de liberté et d’ouverture. La maison s’adapte à son environnement, se fond dans le décor sans jamais s’imposer.

Vue du salon de E-1027 avec chaise Transat et fauteuil Bibendum – © Eleonor Gras

Petit focus sur le mobilier : les créations d’Eileen sont exceptionnelles, futuristes, multifonctions et toutes des créations uniques. On les appelle « meubles à système ». Ils coulissent, glissent, ondulent, se déplacent, ont des tiroirs secrets, n’existent que pour vivre dans cette maison. Comme le dit si bien Cloé Pitiot, conservatrice au Musée des arts décoratifs de Paris et spécialiste d’Eileen Gray, « Il est un jeu subtil et sensible qui accompagne le corps dans son quotidien, qui célèbre la danse du corps« . La maison elle-même est comme un gros meuble géant tant tout y est modulable.

Vue de la terrasse panoramique tirée du film ‘The price for desire’ (2015) avec paravent Folding screen et chaise créée pour Tempe a Palla – © Eleonor Gras

L’ensemble de ce projet illustre une pensée fondamentale d’Eileen qui est que l’architecture est au service de l’être, spirituel et corporel.

Ça paraît presque trop beau tout ça, alors si on faisait entrer en scène celui qui va ni plus ni moins casser l’ambiance ? Je parle bien évidemment de Le Corbusier. Eh oui, notre cher Charles-Edouard vient régulièrement visiter le couple dans la villa et commence lééégèrement à prendre ses aises au point de recouvrir certains murs de la maison de fresques. Fresques peintes à l’insu d’Eileen qui ne les apprécie pas du tout. Donc il squatte et en plus il s’approprie la maison. Elle le lui rendra bien puisqu’il s’y noiera quelques années plus tard, en 1965. Y’a pas à dire, le karma de Charles-Eddy était à chier.

Dégoutée de la situation, Eileen quittera sa propre maison pour partir s’installer seule dans une autre petite villa qu’elle a fait construire non loin de là, à Castellar, près de Menton. Elle continue de créer et connaît finalement un succès tardif avant de s’éteindre à Paris en 1976.

Finalement, que faut-il retenir ? Tout simplement qu’Eileen est la première grande femme designer. Elle fait référence. Peintre, artisan, laqueur, designer, décoratrice, architecte visionnaire, elle mélangera genres et supports pour aller toujours au-delà de toute forme de frontière. Pour elle, le Beau était un état intérieur, matière première de toute création visant à le valoriser. Encore trop peu mise en avant aujourd’hui et trop associée à Le Corbusier, j’avais envie de vous la présenter pour inaugurer la nouvelle année.

***

Encore un immense merci à Eléonor, architecte et fabuleuse auteure des illustrations de cet article, qui a bien voulu me suivre dans cette idée. Allez tous la suivre massivement sur instagram à @les_contemplations !

Hop hop hop, partez pas si vite ! J’ai encore quelques ressources à vous donner si vous désirez en savoir plus sur Eileen Gray.

En ce qui nous concerne, vous savez où me trouver. Je suis toujours là en commentaires et sur instagram à @labeautaniste !

A très bientôt pour un prochain article.

Crédit photo de couverture : Vue du salon d’après une photo d’époque (années 1926-29) avec fauteuil Bibendum, tapis Centimètre et fauteuil Transat – © Eleonor Gras

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