Faire du cinéma, avec Jeanne Lyra

Bonjour ! J’espère que vous et votre famille sur plusieurs générations vous portez à merveille. Je vous retrouve aujourd’hui pour un nouvel article Rencontre avec l’inspirante Jeanne Lyra. Je ne sais si vous avez vu passer le dernier article Rencontre où je discutais avec l’actrice Ouidad Elma pour parler de son métier, mais ça m’a donné envie de continuer à parler cinéma. Le proposer à Jeanne n’était pour moi qu’une simple évidence.

En toute modestie, j’ai découvert malgré moi que cette interview avait un rôle double. Elle est d’une part une porte ouverte vers une connaissance plus approfondie de son rapport à l’art cinématographique, d’autre part, l’occasion de vous confronter à une jeune femme ayant pris le parti de se consacrer à sa passion, sans filtre, avec une conscience de son milieu et de ses propres émotions, assumées et enrichissantes humainement. Autant vous dire que le dernier point m’a personnellement ému, et que je l’encourage chaque jours de ma putain de vie.

***

Hello Jeanne ! Tout d’abord, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Alors je m’appelle Jeanne, j’ai 25 ans, j’habite à Paris, et j’ai pour ambition de devenir réalisatrice. Pour le moment, j’écris et je réalise des courts-métrages mais j’ai aussi une chaîne YouTube, sur laquelle je partage mes expériences, mes goûts culturels et mes endroits préférés à Paris régulièrement. C’est un peu un studio d’expérimentations créatif en ligne. 

Est-ce qu’on peut revenir sur ton parcours d’études ? Tu en es où aujourd’hui ? Ce serait quoi ton dream job dans le cinéma ?

J’ai un parcours assez peu linéaire et j’ai rencontré le cinéma tardivement finalement. C’est mon amour pour l’image et pour la mode qui m’y ont mené. Pour me consacrer à cette passion j’ai pris deux années « off », de septembre 2018 à septembre 2020, pour faire les festivals, réaliser des courts-métrages, travailler dans la production, et aujourd’hui j’ai repris un Master de Cinéma.

Ce cadre scolaire me force à travailler des projets dans la contrainte mais me laisse aussi la liberté d’avoir des projets personnels à côté. Mon dream job ce serait évidemment d’écrire mes films, d’être produite et de les réaliser.

Quelle place tient le cinéma dans ta vie ? Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?

J’ai un rapport étrange avec le cinéma car c’est un goût qui m’est venu sur le tard. Mes parents ne m’ont pas particulièrement fait regarder de classiques, et cela a longtemps été un divertissement. J’ai toujours eu de l’intérêt pour l’image, pour les clips et le documentaire, j’ai beaucoup filmé ma vie, mais cela ne ressemblait pas encore tout à fait à du cinéma. Et puis j’ai eu un coup de foudre absolu avec le film de Kechiche, Mektoub my Love. Ce film, et l’endroit où j’étais à ce moment là de ma vie, m’ont donné la force de réaliser mon premier court.

Artistiquement, je touchais un peu à tout, je peignais, faisais quelques photos, filmais beaucoup…et je partageais sur les réseaux. En réalisant ce court-métrage, je réunissais tous ces goûts. En m’épanouissant dans cette expérience, j’ai trouvé ma place et le lieu où se rencontrait tout ce que j’aimais faire. Alors j’ai décidé de m’y consacrer.

Aujourd’hui le cinéma est devenu très important pour moi, même si la crise sanitaire a impacté « notre relation ». Non seulement parce que c’est le métier auquel je me destine, mais aussi parce que c’est un art de vivre en soi. Le cinéma c’est la salle, la rencontre avec le public, un moment privilégié que l’on s’accorde à rencontrer une œuvre… C’est entrer dans la vie d’autres, c’est découvrir les intimes, c’est vivre par procuration d’autres vies. Le cinéma me manque terriblement en ce moment. Je n’arrive plus à regarder les films sur ordinateur. C’est malheureux. 

Faire du cinéma, qu’est-ce que ça veut dire ?

Vaste question. Mais je crois que c’est un acte généreux, intime, exigeant et souvent nécessaire pour celui qui le fait. Et puis c’est aussi du partage : avec une équipe, un public. Ce sont eux qui donnent vie au film. 

Tu as réalisé un court-métrage qui s’appelle Les Vagues, est-ce que tu peux me parler un peu de ce projet ?

Je sortais d’une rupture très difficile et j’allais mal. Je n’ai trouvé qu’une solution pour sortir de cet état : écrire, créer et réaliser. Je me suis associée à ma meilleure amie, Alice Perrault, productrice, qui m’a accompagnée et qui a permis qu’en 3 mois, on passe d’un scénario à un réel projet auto-produit. Nous avions réunis des acteurs, une équipe technique de 20 personnes, le budget nécessaire avec une plateforme de financement participatif pour tourner 5 jours dans le sud, et en un an, nous avons réalisé ce film (préparation, tournage, post production). Je dis nous parce que faire un film c’est toujours un travail d’équipe, et que sans la confiance de mon équipe et le travail d’Alice, Les Vagues n’existerait pas.

Ce que j’ai appris est bien trop grand pour être résumé en quelques mots mais j’ai compris que ce travail était celui de mes rêves. J’ai compris ma valeur à ce moment là. J’ai été fière de moi. Je me suis sentie à ma place. Ça contenait tout cette expérience, de mes convictions, de mes valeurs, humainement, spirituellement même. 

Quels sont tes projets futurs ?

Je suis en train de travailler sur un nouveau court-métrage (dans le cadre de mon Master) sur le désir d’une adolescente, qui j’espère verra le jour d’ici à l’été. J’ai écrit une série, je suis sur un projet de long-métrage… Bref, des projets j’en ai, mais faire un film c’est un processus très long, qui nécessite d’être accompagné et produit. J’ai encore du travail, et les choses prennent du temps ! J’en suis qu’aux balbutiements, aux exercices, aux prémices de mon travail. 

les salles de cinémas font partie des lieux encore fermés au public au moment de la rédaction de cet article. Comment est-ce que tu imagines l’avenir du cinéma ? 

Je n’en sais rien et je ne veux pas me poser la question. Elle est extrêmement angoissante.. Je suis encore une cinéaste amatrice, étudiante même cette année, et je dois faire face à une concurrence très rude et surtout faire mes preuves aux professionnels du milieu et pas seulement auprès d’un public bienveillant (que j’ai la chance d’avoir un peu déjà). On verra bien. A chaque jour suffit sa peine (même si à l’échelle d’un film, un jour ne vaut presque rien…).

Être une femme et vouloir faire carrière dans le cinéma, qu’est-ce que ça représente aujourd’hui pour toi ?

Un désir absolument légitime et qu’on ne doit pas questionner, seulement soutenir et encourager. 

Qu’est-ce qui t’inspire au quotidien ?

Le quotidien est bien plus fade depuis la crise sanitaire… Mais de manière générale ce sont les gens qui m’inspirent, la rue, le métro, les scènes de vie, les bribes de dialogues que je vole en soirée ou en terrasse.

C’est aussi mes expériences personnelles, ma famille, mes ami.e.s, les gens que j’aime et leurs histoires. Et puis on est forcément inspiré par le travail des artistes que l’on suit et aime : les peintres, les photographes, les cinéastes …

Y-a-t-il un artiste/compte/expo/podcast/film/quelque-chose-de-culturel que tu as aimé récemment et que tu recommandes ?

C’est horrible de reconnaître que je n’arrive plus à me nourrir de grand chose d’artistique ces derniers temps. Pour moi la culture vit dans ses lieux, aux cinémas, dans les galeries, dans les musées… et puis le moral n’est pas au beau fixe de mon côté. Mais je pense tout de même à deux objets culturels rencontrés récemment : Le podcast Le cœur sur la table de Victoire Tuaillon et le livre Chez soi de Mona Chollet.

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J’espère que cet article vous aura plu. Vous pouvez retrouver Jeanne sur les réseaux sociaux ici, sur Youtube là, et aller voir son premier court-métrage Les Vagues en cliquant juste ici. De mon côté, vous savez où me trouver. Je reste disponible en commentaires de cet article et sur instagram @labeautaniste.

A très bientôt pour un prochain article !

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